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La mort, seuil de lumière

La mort nous touche tous, tôt ou tard. Elle surgit dans nos familles, nos amitiés, nos communautés. Elle interrompt, elle bouleverse, elle fait silence. Et pourtant, dans la foi chrétienne, elle n’est jamais le dernier mot.
«?Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra?» (Jean 11,25). Ces paroles de Jésus, adressées à Marthe au seuil du tombeau de son frère Lazare, résonnent comme une promesse qui traverse les siècles. Elles ne suppriment pas la douleur, mais elles l’ouvrent à une espérance plus forte que la mort elle-même.

La foi chrétienne ne nie pas la réalité de la mort. Elle ne l’enrobe pas de faux réconforts. Elle la regarde en face, comme Jésus lui-même l’a fait au jardin de Gethsémani. Mais elle affirme que la mort est un passage, non une fin?; une porte, non un mur. Elle est le seuil par lequel nous entrons dans la plénitude de Dieu, si nous avons marché avec le Christ.

Le philosophe Gabriel Marcel, qui fut aussi un croyant profond, écrivait?: «?Aimer quelqu’un, c’est lui dire?: tu ne mourras pas.?»

Cette phrase, à la fois audacieuse et tendre, dit quelque chose de notre espérance. Aimer, c’est croire que l’autre est plus grand que sa disparition. C’est refuser que la mort efface les liens, les visages, les histoires. Et dans le Christ, cet amour devient promesse?: ceux que nous avons aimés ne sont pas perdus, ils sont confiés à la mémoire de Dieu, qui ne laisse rien se perdre.

Dans nos liturgies, nous prions pour les défunts. Non par nostalgie, mais par fidélité. Nous croyons qu’ils vivent en Dieu, et que notre prière les accompagne dans cette lumière. Nous croyons aussi que leur souvenir nous façonne?: ils nous apprennent à vivre mieux, à aimer plus, à espérer plus fort.

La mort reste un mystère. Mais dans la foi, elle devient un lieu de rencontre. Rencontre avec le Christ, qui nous précède. Rencontre avec ceux qui nous ont aimés. Rencontre avec notre propre vérité, dépouillée, offerte, transfigurée.

Alors, même au cœur du deuil, nous pouvons dire?: «?Seigneur, tu es ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte???» (Psaume 27,1)

Irène Abadie

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