La photographie : espace de mémoire et vue sur l’autre rive

En ce mois du souvenir, laissons la parole à une photographe de Pibrac, porteuse d’un projet original au service de l’humain…
Ma démarche
La photographie accompagne naturellement les grands passages de la vie : une naissance, une rencontre, un mariage, une famille qui s’agrandit. Nous ressentons spontanément le besoin de préserver ces instants heureux, de figer les premiers sourires, les regards complices, les célébrations qui jalonnent une existence.
Pourtant, lorsque la vie bascule et que vient le temps de la séparation, l’image disparaît souvent. Comme si la photographie n’avait plus sa place face à la douleur. Comme si le dernier chapitre d’une histoire ne méritait plus d’être raconté. Et pourtant, c’est précisément dans ces moments que l’image peut prendre tout son sens
Je suis profondément convaincue que, dans le processus de deuil, une photographie peut devenir un véritable point d’ancrage. Non pas pour retenir ce qui s’en va, mais pour préserver ce qui demeure : un lien, une présence, une histoire, un amour
Une photographie ne remplace jamais une personne. En revanche, elle peut offrir un espace de mémoire, permettre de transmettre un héritage familial, de raconter aux générations futures qui était cet être aimé, et parfois simplement d’apaiser la peur d’oublier.
Au fil du temps, elle devient un repère. Elle accompagne les souvenirs, soutient les récits, permet de revisiter un visage, une main, un regard, avec douceur. Elle participe à maintenir vivant le lien supérieur que chacun continue de porter.
Ma démarche ne consiste pas uniquement à réaliser des photo-graphies. Elle consiste avant tout à accueillir un moment profondément intime avec discrétion, respect et humanité. Je travaille dans une posture d’écoute, sans jamais rien imposer, en laissant à chaque famille la liberté de choisir ce qu’elle souhaite conserver de cet instant. Chaque histoire est unique, chaque deuil l’est également.
Lorsque le besoin s’exprime, je crée des images sobres, délicates et sincères, qui deviennent un témoignage précieux de l’amour partagé. Des images qui, avec le temps, peuvent aider à traverser l’absence, à transmettre une mémoire et à préserver une trace de ce qui a profondément compté.
Mon parcours
Depuis plusieurs années, j’ai choisi de placer la photographie au cœur de l’accompagnement des personnes traversant des périodes de grande vulnérabilité
Mon travail s’est d’abord construit autour de l’image de soi. J’accompagne des femmes à retrouver un regard plus doux sur leur corps, à se réapproprier une histoire parfois marquée par les blessures, la maladie, les transformations de la vie ou les épreuves personnelles.
Au fil de mon parcours cette conviction s’est renforcée : une photographie peut être bien davantage qu’un souvenir, elle peut devenir un outil de reconnaissance de réparation et de transmission
J’accompagne également des personnes confrontées au deuil, avec la même écoute, la même délicatesse et la même volonté d’apaiser, d’être comprises.
Mon expérience m’a conduite à intervenir auprès
- de femmes souhaitant retrouver une relation apaisée avec leur corps et leur image ;
- d’enfants et d’adolescents hospitalisés en oncologie et en hématologie pédiatrique au sein du CHU de Toulouse, où je réalise des portraits qui redonnent une place à l’enfant au-delà de la maladie ;
- de familles confrontées au deuil périnatal, en partenariat avec l’association Souvenange, afin de préserver les premiers et parfois les seuls souvenirs de leur enfant.
Ces rencontres ont profondément transformé ma manière de concevoir la photographie. Elles m’ont appris que face à la fragilité, l’appareil photo n’est pas un simple outil de création. Il devient un témoin discret, capable d’accueillir une émotion, de préserver une présence et d’offrir une trace lorsque les mots ne suffisent plus.
Je ne cherche pas seulement à produire une image esthétique, je cherche à créer une image juste. Une image qui respecte les personnes, leur histoire et leur rythme. Une image qui puisse devenir, avec le temps, un support de mémoire, un espace de reconnaissance, de transmission et parfois même de réparation.
Aujourd’hui c’est cette vision profondément humaine de la photographie que je souhaite mettre au service des familles confrontées à la fin de vie et au deuil.
Magali Privat, photographe mémorielle
madivinaura@gmail.com
