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Saints : devenir ce que nous sommes

Dans les librairies, les rayons « développement personnel » débordent de titres prometteurs : réveiller le trésor qui dort en soi, libérer son potentiel, trouver sa vraie nature. Ces livres se vendent par millions. Ils disent quelque chose de vrai : nous pressentons qu’il y a en nous plus que ce que nous vivons. Un trésor, peut-être.

L’Évangile ne dit pas que tout se joue à l’extérieur de nous. Jésus promet à celui qui l’aime : « nous viendrons vers lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14,23). Saint Augustin, après des années de recherche, l’avait compris à sa manière : « Tu étais au-dedans de moi, et moi j’étais dehors. »

Il y a donc bien un trésor. Mais l’Évangile ajoute deux choses que les livres à succès oublient souvent.

La première : ce trésor n’est pas d’abord à nous. C’est quelqu’un. Descendre en soi-même, pour un chrétien, ce n’est pas d’abord y trouver son « vrai moi » ; c’est y rencontrer un Hôte.

La seconde : on ne le trouve pas sans se convertir. Pensons au fils prodigue (Lc 15). Il n’a jamais cessé d’être fils, même au milieu des porcs. Mais il lui a fallu « rentrer en lui-même », puis se lever et revenir vers son père. Et c’est le père qui lui rend la robe et l’anneau. Le fils ne retrouve pas sa dignité tout seul : elle lui est rendue. Le père va même beaucoup plus loin : « mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ». La conversion ne fait donc pas que dévoiler ce qui était déjà là ; elle fait passer de la mort à la vie.

Le concile Vatican II l’a dit en une phrase : le Christ, en révélant le Père et son amour, « manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (Gaudium et spes, 22). Dieu ne nous éloigne pas de nous-mêmes. Il vient nous révéler à nous-mêmes, et nous transformer, à condition que nous acceptions de nous convertir.

C’est cela, un saint. En cette fête de la Toussaint, nous ne célébrons pas une élite de héros inaccessibles. Nous célébrons une foule immense d’hommes et de femmes qui ont laissé Dieu les révéler à             

eux-mêmes et les transformer. Certains sont sur nos vitraux. La plupart sont inconnus : une grand-mère, un voisin, un ami dont la foi nous a marqués. Ils ont laissé Dieu accomplir en eux ce à quoi ils étaient appelés : vivre pleinement en fils et filles de Dieu.

Le Concile le rappelle : tous, quel que soit notre état de vie, nous sommes appelés à la sainteté (Lumen gentium, ch. 5). Ce n’est pas une option réservée à quelques-uns, c’est notre vocation commune.

Alors, en ce mois de novembre, la question n’est peut-être pas « suis-je un saint ? », mais plutôt : qu’est-ce que Dieu voudrait encore révéler et transformer en moi, si je le laissais faire ?

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